Gressier : derrière les opérations de Jasmin, une PNH qui tente de reprendre du terrain malgré des moyens limités

Gressier : derrière les opérations de Jasmin, une PNH qui tente de reprendre du terrain malgré des moyens limités
La commune de Gressier est devenue l’un des principaux fronts de la lutte contre les groupes armés dans le département de l’Ouest. Depuis plusieurs semaines, la Police nationale d’Haïti (PNH) intensifie ses opérations dans différents secteurs de cette commune, avec l’objectif affiché de réduire la présence des groupes armés et de permettre progressivement à la population de reprendre possession de son territoire.
Par Dichi Joseph
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Le 24 septembre 2026, une nouvelle intervention policière a été menée à Jasmin. Selon les informations rapportées par plusieurs médias, trois individus présentés comme des présumés membres de groupes armés ont été tués au cours de cette opération et trois fusils d’assaut ont été récupérés. Des individus blessés auraient également pris la fuite. La PNH aurait mobilisé plusieurs unités spécialisées, notamment le SWAT, l’UTAG, la BRI et la BOID, ainsi que des structures de renseignement.
Une opération qui s’inscrit dans une stratégie plus large
L’intervention de Jasmin ne doit pas être considérée comme un événement isolé. Depuis le début du mois de septembre, la PNH mène plusieurs opérations à Gressier et affirme avoir repris certaines positions occupées auparavant par des groupes armés.
La nomination du commissaire principal Alix Appolon comme coordonnateur de la mission de la PNH à Gressier, annoncée le 22 septembre, illustre également la volonté de renforcer la coordination des opérations dans cette commune. Après son installation, le responsable policier s’est rendu sur le terrain afin d’évaluer la situation et de suivre l’évolution des interventions.
Quelques semaines auparavant, des renforts policiers et des véhicules blindés avaient également été déployés à Gressier. Ces moyens supplémentaires doivent permettre aux forces de sécurité d’intervenir dans des zones où la circulation des policiers reste particulièrement risquée.
Une PNH sous pression
Ces opérations mettent surtout en évidence une réalité souvent moins visible : la PNH doit combattre des groupes armés disposant d’armes puissantes et capables de contrôler ou de perturber des territoires, alors que l’institution elle-même fait face à des contraintes importantes en matière d’effectifs, d’équipements et de logistique.
Un rapport du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), couvrant la période de juin 2025 à juin 2026, fait état de 35 policiers tués, dont 21 dans des affrontements avec des groupes armés. Le rapport souligne également les attaques répétées contre les infrastructures policières, l’insuffisance des effectifs et les besoins importants en matériels et équipements.
Dans ces conditions, chaque opération menée sur le terrain représente un engagement important pour les forces de l’ordre. La question n’est donc pas uniquement de savoir combien d’individus armés ont été neutralisés ou combien d’armes ont été saisies. Il faut également mesurer la capacité de la police à maintenir les positions récupérées, protéger les habitants et empêcher les groupes armés de reprendre progressivement les territoires abandonnés.
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Le véritable défi : consolider les espaces récupérés
C’est probablement l’un des principaux enjeux de la situation à Gressier.
Reprendre une zone constitue une première étape. La sécuriser durablement en est une autre. La PNH doit pouvoir maintenir une présence permanente, sécuriser les axes routiers, protéger les infrastructures publiques, faciliter le retour des habitants déplacés et permettre aux activités économiques et sociales de reprendre.
Cette question de la consolidation est particulièrement importante dans un contexte où les groupes armés ont démontré leur capacité à revenir dans certains espaces après le retrait ou la diminution de la présence des forces de sécurité.
L’Organisation des États américains et l’Union européenne ont d’ailleurs lancé en juin 2026 un projet visant à renforcer les capacités opérationnelles de la PNH, notamment à travers la création de cinq bases opérationnelles avancées destinées à améliorer la présence policière et les délais d’intervention.
Des efforts qui doivent être accompagnés de moyens
Les opérations de Gressier montrent donc deux réalités simultanées.
D’un côté, la PNH continue de mener des interventions contre les groupes armés, mobilise ses unités spécialisées, récupère des armes et cherche à reprendre le contrôle de certains secteurs. De l’autre, l’institution reste confrontée à des difficultés structurelles qui limitent sa capacité à mener une guerre sécuritaire de longue durée.
Il serait donc réducteur de considérer chaque opération uniquement à travers son bilan humain. L’enjeu central est celui de la restauration durable de l’autorité de l’État.
Pour réussir, les policiers engagés sur le terrain ont besoin de moyens adaptés : véhicules blindés en nombre suffisant, armes et équipements appropriés, renseignements opérationnels, communications efficaces, effectifs supplémentaires, soutien médical et capacité logistique permettant de rester durablement dans les zones reprises.
À Gressier, les opérations de la PNH peuvent ainsi être analysées comme une tentative de reprendre progressivement l’initiative face aux groupes armés. Mais leur réussite à long terme dépendra moins du nombre d’opérations ponctuelles que de la capacité de l’État à transformer ces avancées militaires en présence sécuritaire durable.
La population de Gressier n’attend pas seulement des opérations. Elle attend de pouvoir circuler, travailler, étudier, commercer et vivre sans la menace permanente des armes.
La bataille de Gressier est donc aussi une bataille pour la restauration de la confiance entre la population et l’État.
Et dans cette bataille, les policiers ne peuvent pas être les seuls à porter le poids de la responsabilité. Les moyens accordés à la PNH, le renseignement, la justice, l’administration publique, la protection des populations et la capacité de l’État à occuper durablement les espaces récupérés devront évoluer ensemble.
Car reprendre un territoire est une victoire opérationnelle. Le conserver et y rétablir une vie normale constitue le véritable test de la politique de sécurité.
