Anson Dacius : un jeune juriste déterminé à faire des droits humains une priorité en Haïti
Recevoir une distinction est souvent perçu comme l’aboutissement d’un parcours. Pour le jeune juriste haïtien Anson Dacius, cette reconnaissance revêt toutefois une signification bien différente. Loin de la considérer comme une consécration personnelle, il y voit avant tout une responsabilité supplémentaire et un encouragement à poursuivre son combat pour la promotion et la défense des droits humains en Haïti.
Par Dichi JOSEPH
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Dans un pays confronté à une crise multidimensionnelle, où l’insécurité, les difficultés institutionnelles et les violations des droits fondamentaux fragilisent quotidiennement la population, le jeune défenseur estime que les juristes ont un rôle essentiel à jouer pour renforcer l’État de droit et redonner confiance aux citoyens dans les institutions judiciaires.
« Cette distinction constitue une source de motivation supplémentaire pour poursuivre mon engagement en faveur de la promotion et de la défense des droits humains, tant comme défenseur des droits humains que comme citoyen », a-t-il confié à notre rédaction.
Un destin réorienté par les circonstances
Originaire de La Colline d’Aquin, dans le département du Sud, Anson Dacius ne se destinait pourtant pas au droit. Son premier rêve était d’exercer la médecine. À la fin de l’année 2016, il envisageait même de poursuivre ses études en République dominicaine. Cependant, des difficultés administratives liées à l’obtention de son passeport sont venues bouleverser ses projets.
Contraint de rester à Port-au-Prince, il choisit de mettre ce temps à profit en intégrant l’École des Médias afin d’étudier le journalisme. Cette expérience lui ouvre de nouvelles perspectives et développe son intérêt pour les questions sociales, les enjeux de gouvernance et les droits des citoyens.
Quelques mois plus tard, en 2017, il décide d’intégrer l’École de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves (EDSEG). Un choix qui transformera définitivement son parcours.
« J’ai choisi le droit parce que plusieurs de mes professeurs étaient avocats et, depuis toujours, je me sentais à l’aise avec l’idée de défendre les autres. C’était un domaine dans lequel je me reconnaissais naturellement », explique-t-il.
Une vocation forgée par les réalités du terrain
Au fil de sa formation, Anson Dacius développe une sensibilité particulière aux questions relatives aux droits humains. Mais c’est son expérience professionnelle au sein de l’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti (OCNH), où il a exercé comme Officier de l’Unité de recherches, communication et publications, qui marque un véritable tournant dans son engagement.
Cette fonction lui permet de documenter plusieurs cas de violations des droits humains, d’échanger avec des victimes et d’observer les nombreuses difficultés rencontrées par les citoyens pour obtenir justice.
« Mon expérience au sein de l’OCNH a été un véritable déclic. En y repensant, je réalise que cette sensibilité existait déjà bien avant : quelques années auparavant, j’avais été profondément marqué par une agression subie par une personne qui comptait beaucoup pour moi, ce qui avait suscité chez moi un fort sentiment d’injustice », raconte-t-il.
Ces expériences renforcent sa conviction que la défense des droits humains doit être portée par une nouvelle génération de juristes capables d’allier compétence juridique, proximité avec les citoyens et engagement social.
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Une formation internationale au service d’Haïti
Soucieux d’approfondir ses connaissances, le jeune juriste participe à la 54e session d’été de l’Institut international des droits de l’homme – Fondation René Cassin. Cette formation, consacrée au droit international des droits de l’homme, au droit international humanitaire et au droit pénal international, lui permet d’élargir sa compréhension des mécanismes internationaux de protection des droits fondamentaux.
Cette expérience lui offre également l’occasion d’échanger avec des spécialistes et des participants venus de différents pays, renforçant ainsi sa volonté de mettre ces connaissances au service d’Haïti.
Selon lui, la protection des droits humains ne peut être efficace que si les principes juridiques internationaux sont adaptés aux réalités du terrain et aux besoins concrets des populations.
Faire de la justice un droit accessible à tous
Le combat d’Anson Dacius est également nourri par les violences dont il a été témoin, en particulier celles qui touchent les femmes.
« Chaque fois que je vois une femme subir ce genre de violence, je pense à ma mère. C’est sans doute ce qui nourrit aujourd’hui mon engagement », confie-t-il avec émotion.
Cette conviction inspire directement son projet professionnel. Il ambitionne de créer un cabinet d’avocats où les victimes de violences, notamment les femmes les plus vulnérables, pourront bénéficier d’une assistance juridique sans que leur situation financière constitue un obstacle.
« Le jour où j’aurai mon cabinet d’avocats, aucune femme victime de violences ne devra renoncer à faire valoir ses droits parce qu’elle n’a pas les moyens de payer un avocat », affirme-t-il.
Au-delà de son ambition personnelle, Anson Dacius souhaite contribuer à bâtir une société où la justice sera plus accessible, où les droits fondamentaux seront effectivement protégés et où chaque citoyen pourra faire entendre sa voix sans craindre l’injustice.
À travers son parcours, le jeune juriste incarne l’espoir d’une nouvelle génération d’Haïtiens convaincus que le droit peut devenir un véritable outil de transformation sociale. Dans un contexte national particulièrement difficile, son engagement rappelle que la défense des droits humains demeure un pilier indispensable pour construire un État plus juste, plus démocratique et plus respectueux de la dignité de chacun.


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