Cabo Rojo : un avertissement stratégique et une opportunité historique pour Haïti
L’ouverture annoncée de l’aéroport international de Cabo Rojo en février 2027 constitue un événement qui dépasse largement le domaine de l’aviation. Elle révèle une différence fondamentale dans les stratégies de développement adoptées par Haïti et la République dominicaine.
Par Dichi Joseph
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Alors que la République dominicaine poursuit une politique d’expansion touristique basée sur les infrastructures, la connectivité et l’investissement, Haïti fait encore face à des difficultés majeures pour exploiter pleinement ses propres atouts économiques et touristiques.
Un modèle dominicain basé sur l’anticipation
Le projet de Cabo Rojo illustre une approche économique où les infrastructures sont utilisées comme moteur de développement.
La construction d’un aéroport international dans une région jusque-là peu développée montre une volonté de créer une nouvelle destination plutôt que d’attendre que l’activité économique existe déjà.
Autour de cet aéroport, les autorités dominicaines prévoient le développement d’hôtels, de services touristiques, de routes et d’activités économiques capables de créer un nouvel écosystème.
Cette stratégie a déjà fait ses preuves dans d’autres régions dominicaines, notamment avec le développement de Punta Cana, devenue en quelques décennies une référence mondiale du tourisme caribéen.
Une pression supplémentaire sur les infrastructures haïtiennes
Pour Haïti, Cabo Rojo représente un nouveau défi.
La proximité de cette infrastructure internationale pourrait renforcer la dépendance d’une partie de la diaspora haïtienne envers les aéroports dominicains pour accéder au territoire national.
Cette situation est déjà observée depuis la suspension ou la réduction des vols internationaux au départ de Port-au-Prince. De nombreux voyageurs utilisent désormais Santo Domingo ou Punta Cana comme points d’entrée avant de poursuivre leur trajet vers Haïti.
Avec Cabo Rojo, cette tendance pourrait s’accentuer, particulièrement pour les populations du Sud-Est, du Sud et de la Grand’Anse.
Le risque est donc de voir une partie des revenus liés au transport, à l’hébergement, aux services et au tourisme profiter davantage à la République dominicaine qu’aux régions haïtiennes voisines.
Le Grand Sud possède pourtant des avantages importants
Il serait toutefois erroné de considérer Cabo Rojo uniquement comme une menace.
Le Grand Sud d’Haïti dispose de ressources considérables : plages, montagnes, patrimoine culturel, traditions artistiques et potentiel écologique.
Jacmel représente notamment un exemple d’une destination qui pourrait bénéficier d’une meilleure stratégie touristique. Son carnaval, son architecture, son artisanat et son identité culturelle constituent des éléments pouvant attirer des visiteurs internationaux.
Les Cayes, Jérémie et d’autres régions disposent également d’un potentiel important.
Le problème principal n’est donc pas l’absence d’atouts, mais l’absence d’un cadre permettant de les transformer en véritable économie touristique.
L’urgence d’une stratégie régionale
Face à Cabo Rojo, Haïti devrait éviter une approche défensive consistant simplement à craindre la concurrence.
Une stratégie plus ambitieuse consisterait à développer une complémentarité économique avec la République dominicaine.
Cela pourrait passer par :
- l’amélioration des routes reliant la frontière aux principales destinations touristiques ;
- la modernisation des aéroports haïtiens, notamment celui des Cayes ;
- la sécurisation des corridors de transport ;
- la facilitation des échanges commerciaux légaux ;
- la création d’un environnement favorable aux investisseurs.
La frontière pourrait devenir un espace économique dynamique plutôt qu’une simple ligne de séparation.
Une question de vision politique
Le cas de Cabo Rojo pose finalement une question essentielle : Haïti possède-t-elle une vision claire de son développement régional ?
Un aéroport n’est jamais seulement une piste d’atterrissage. Il représente un réseau d’opportunités : tourisme, commerce, investissements, emplois et ouverture internationale.
La République dominicaine a compris cette logique en intégrant ses infrastructures dans une stratégie économique globale.
Haïti doit désormais décider si elle veut subir les transformations qui se produisent autour d’elle ou participer activement à cette nouvelle dynamique.
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Conclusion
Cabo Rojo n’est pas uniquement un projet dominicain. C’est un événement régional qui aura probablement des conséquences sur toute la partie sud de l’île.
Pour Haïti, il peut devenir un facteur d’affaiblissement si le pays reste immobile. Mais il peut aussi devenir une opportunité historique si les autorités utilisent cette nouvelle réalité comme un signal pour accélérer les investissements, améliorer les infrastructures et développer une véritable politique touristique.
Le véritable défi n’est donc pas l’aéroport de Cabo Rojo. Le véritable défi est la capacité d’Haïti à construire son propre modèle de développement.


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